Antananarivo, un quartier précaire relooké

Un des bas-quartiers d’Antananarivo vient de changer de visage. Il s’agit d’un quartier situé à Ankorondrano. Ce changement consiste en l’amélioration du paysage urbain notamment par le rafraîchissement et le ravalement de la façade principale des maisons qui longent le canal d’Andriantany, que ce soit des maisons en dur ou en bois, des maisons d’habitation ou des gargotiers, toutes sans exception.

Il ne s’agit donc pas à proprement parler de projet de rénovation urbaine, mais plutôt d’embellissement du quartier pour avoir une image à la fois propre et attirante. Les nouvelles peintures sur les façades des habitations donnent ainsi au quartier un nouveau look, très loin de l’image du quartier pollué et insalubre qu’il a toujours dégagée auparavant.

IMG_E2479.JPG

Outre la peinture des maisons, des travaux de réhabilitation et de curage du canal Andriantany ont également été réalisés ainsi que la création de jardins, voire l’installation de petits terrains de pétanque sur ses berges, sans oublier la mise en place de poubelles et de toilettes publiques. L’autre changement concerne le remplacement et le renforcement en nombre des éclairages publics dont des poteaux électriques fonctionnant à l’aide de l’énergie solaire.

IMG_E2473.JPG

En effet, considérée comme étant un projet pilote de résilience urbaine, cette initiative de l’Etat vise non seulement l’embellissement du paysage urbain mais également l’amélioration de l’environnement sanitaire pour réduire les risques de maladies liés à la stagnation des eaux usées.

IMG_E2472.JPG

Mais ce qui fait surtout la différence, c’est l’œuvre des artistes qui ont utilisé leur talent pour décorer l’ensemble de larges murailles érigées sur l’une des deux rives du canal Andriantany. Ce sont des fresques murales impressionnantes qui apportent des touches de gaieté particulières dans le quartier.

IMG_2466.JPG

Ces dessins muraux qui ont été réalisés au rouleau, au pinceau et/ou à la bombe aérosol ajoutent une réelle valeur au quartier et font visiblement la fierté de ses 3000 habitants. Tout en redorant l’image du quartier, il s’agit en même temps d’une approche à la fois artistique et urbanistique.

IMG_E2478.JPG

Cette pratique de peintures murales est déjà très commune dans de nombreux pays du monde dont les plus connues sont celles des favelas au Brésil. Une telle initiative est ainsi à encourager et à vulgariser pour de nombreux autres quartiers encore insalubres de la Capitale, voire des autres régions de la Grande île.

IMG_E2477.JPG

Ces fresques murales, comme la peinture des façades des maisons constituent une réponse réaliste à l’amélioration des quartiers précaires dont la forte densité urbaine en est une des principales caractéristiques. Il s’agit d’un acte de renouvellement urbain qui ne nécessite pas forcément d’importants moyens financiers, tout en valorisant les talents des jeunes artistes locaux spécialistes du street art.

IMG_E2475.JPG

Non seulement, les ménages profitent amplement de ces travaux de ravalement de façade mais les fresques ajoutent en même temps une touche festive. Les habitants des bas quartiers s’approprient rapidement de ce changement et peuvent le considérer comme un nouveau départ dont ils sont fiers. On peut ainsi transformer leur milieu de vie en quelque chose d’artistique, source de fierté.

IMG_2467.JPG

Toutefois, afin d’éviter les abus, des mesures d’accompagnement doivent être prises par l’Etat par le biais du ministère chargé de l’aménagement du territoire ou/et par la Commune, dans la mesure où dans notre code de l’urbanisme, il n’y a aucune mention spécifique sur la réglementation d’une telle pratique.

Publicités

IST Tanà, la filière BTP se modernise

L’Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo fait partie des quelques établissements d’enseignement supérieur ayant bénéficié d’un appui considérable dans le cadre du projet FORMAPRO BTP. Ce projet consiste en la modernisation des dispositifs de formation aux métiers du BTP à Madagascar. Financé par l’Agence Française de Développement, ce projet est géré par le Centre National Emploi-Formation (CNEF) BTP que ce soit sur le plan technique, pédagogique  ou financier.

Le projet ambitionne entre autres de contribuer à la qualification de la main d’œuvre sur les métiers de base du génie civil et du BTP et à l’amélioration de la productivité des entreprises du secteur BTP. Parmi les 12 Résultats attendus du Projet figure le renforcement des dispositifs techniques et des matériels de formation autour du Département du Génie Civil de l’IST Tanà et de l’ESPA.

Renforcement des parcours en aménagement et l’urbanisme

L’IST Tanà a depuis quelques années ouvert au sein de son Département du Génie Civil, deux parcours relatifs à l’urbanisme. Il s’agit respectivement du parcours « Urbanisme et Aménagement » pour le niveau Licence, et le parcours  » Aménagement et Génie Urbain » pour le niveau Ingénieur de grade Master.

IMG_E1743

Entrant dans le cadre du projet FORMAPRO BTP, des enseignants chercheurs de ces deux parcours ont récemment pu suivre des stages de formation à l’IUT de Sénart Fontainebleau, Université Paris Est Créteil, mais aussi à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées de Paris. Un enseignant a également suivi un stage de recherche au Laboratoire Matériaux et Durabilité des Constructions de l’Université Paul Sabatier de Tolouse III.

Deux salles et un amphithéâtre réhabilités

Outre le renforcement de capacités des enseignants chercheurs, des gros travaux de  réhabilitation de trois salles spécialisées, à savoir un amphithéâtre, une salle de modélisation numérique et un laboratoire de topographie et d’imagerie numérique ont également été réalisés par le projet FORMAPRO BTP.

IMG_1744.jpg

Pouvant accueillir une centaine d’étudiants, ce mini-amphithéâtre est non seulement totalement rénové mais en même temps doté d’un kit complet de visio conférence comprenant une sonorisation, deux vidéo projecteurs et deux écrans géants. Cette salle servira en même temps pour d’éventuels cours à distance octroyés par des enseignants chercheurs issus des universités partenaires de l’IST Tanà en Europe ou ailleurs.

Les deux autres salles ont également fait l’objet d’une rénovation complète dont l’une servira dorénavant de Laboratoire de Topographie et l’autre pour la Modélisation numérique. Cette dernière salle est équipée de deux ordinateurs portables et d’une quinzaine d’ordinateurs serveurs munis chacun de logiciels d’enquête sphinx et de Système Information Géographique.

IMG_E1777

De nouveaux matériels à la pointe de la technologie

Les appuis du projet sont particulièrement importants dans le renouvellement des matériels techniques et pédagogiques du Département du Génie Civil de l’IST Tanà. Ces appuis concernent plusieurs domaines tels que la Cartographie, l’Imagérie numérique, la Topographie, le Traitement des données et la Modélisation 3D.

IMG_E1747.JPG

Grâce à ce projet, l’IST Tanà dispose actuellement de deux drones professionnels qui rendront possible la réalisation de meilleures photogramétrie et orthophoto. Ces outils fourniront ainsi des supports cartographiques actualisés en vue d’analyser par exemple l’évolution de l’urbanisation sur un territoire donné.

La modélisation 3D ne restera plus au stade d’une théorique au sein de l’Institut grâce à une imprimante 3D avec ses consommables ainsi qu’un scanner 3D pour les différents types de présentation de rendus de travaux.

IMG_1756.JPG

Concernant la topographie, le nouveau laboratoire vient d’acquérir un kit complet GNSS 6G, deux télémètres laser, une station totale, et deux kits de talkie walkies. A ces matériels s’ajoutent les logiciels originaux COVADIS et ARCGIS. Ces matériels permettront entre autres  de faire des levés précis dans la mise en oeuvre de projets urbains.

Une cérémonie d’inauguration de ces salles et matériels a eu lieu ce jeudi 07 février 2019 au sein de l’IST Tàna sous le patronage de Madame La Ministre de l’Enseignement supérieur et de Madame l’ambassadeur de France à Madagascar.

IMG_1765.JPG

Urbanisme, des Collectivités locales en formation

Du 23 au 28 avril 2018 a eu lieu à Antananarivo un atelier de renforcement de capacités des collectivités territoriales décentralisées en matière de planification urbaine. La formation a eu pour objectifs de permettre entre autres aux participants de cerner les enjeux du développement urbain, de comprendre l’importance du diagnostic urbain et de savoir en réaliser, de connaître les grands outils de planification urbaine et d’être capables de discuter avec des spécialistes.

La formation a été destinée aux agents techniques, Maires et/ou autres responsables  (Secrétaire Général, Directeurs, Chefs de service, …) auprès de la Commune Urbaine d’Antananarivo et des Communes périphériques comme Alasora, Sabotsy Namehana, Itaosy, Andoharanofotsy, etc. Des responsables au sein du Ministère chargé de l’Aménagement du Territoire y ont également assisté.

IMG_0247

La formation a été composée de sessions théoriques, d’exercices pratiques et de visites sur terrain. Plusieurs thématiques ont été abordées dont la première concerne les grands enjeux de l’urbanisation dans les villes africaines et à Madagascar.  Des comparaisons ont ainsi été effectuées quand à la ressemblance du déroulement du phénomène d’urbanisation (croissance urbaine, étalement urbain, …) dans plusieurs villes d’Afrique.

Cette thématique a surtout permis aux participants de comprendre les défis de la planification urbaine. Il s’agit d’une part de faire un bilan d’aujourd’hui et d’autre part de prévoir le futur en tenant compte des grands enjeux spatiaux, sociaux, environnementaux et économiques. Parmi les thèmes ayant fait l’objet de larges explications figurent également les outils de planification territoriale à Madagascar (SNAT, PUDi, PUDé, etc.) qui ont été expliqués à l’aide d’exemples concrets.

IMG_E0260.JPG

L’autre grande thématique a touché le diagnostic urbain. Plusieurs questions ont été pour cela abordées (Comment et pourquoi faire un diagnostic? Que faire?) dans l’objectif de faire comprendre aux participants non seulement l’utilité  du diagnostic mais surtout les données nécessaires pour planifier une ville.

Une visite commentée en bus de quelques quartiers de la Capitale, avec une petite escale dans le quartier des 67ha, a été organisée dans le but de montrer aux participants que toutes les grandes thématiques urbaines qui doivent faire l’objet de diagnostic se trouvent partout, dont: l’assainissement, les zones inondables, les constructions illicites, l’encombrement des voies publiques, les infrastructures, les activités économiques, etc.

IMG_0257.JPG

La troisième thématique a eu trait aux questions de mobilité et d’urbanisme. Pour cela, les participants ont été invités à élaborer une stratégie pour résoudre par exemple les problèmes d’embouteillage en ville. Le but ayant été qu’ils comprennent par eux-mêmes qu’il y a des interventions possibles à divers niveaux. Cette session théorique a été également suivie d’une visite d’un quartier pour la présentation d’un concept de promenade collective et communautaire.

La dernière thématique de la formation traitait le volet urbanisme et gouvernance en prenant comme exemple la gestion des inondations. En effet, l’urbanisme ne s’arrête pas à la planification, mais doit aller jusqu’à la mise en oeuvre des plans et des actions. Notons que cette formation a été assurée par deux consultants internationaux avec l’appui de deux consultants nationaux. Elle a été organisée par le M2PATE en partenariat avec l’AFD et l’INDDL.

IMG_0254.JPG

Toliara cimetière de projets, ça c’était avant

Dans sa rubrique Aménagement & Urbanisme, le blog de Rasamy s’intéresse surtout aux projets d’aménagement en cours, réalisés et/ou en perspective à Antananarivo mais aussi dans les autres Régions de Madagascar. C’est le cas de ce billet qui vous informe sur les projets d’aménagement et de développement aussi bien en milieu rural qu’urbain, déjà réalisés ou en cours de mise en œuvre dans la Région Atsimo Andrefana.

Toliara_ville_blog_rasamy

Pendant plusieurs années, cette partie Sud du pays a toujours été considérée par de nombreux observateurs comme « un cimetière de projets » du fait de la présence d’une multitude de projets qui y ont été financés par divers bailleurs et/ou par l’Etat mais qui dans leur grande majorité auraient abouti à de très faibles résultats voire à aucun résultat du tout pour certains. Les choses semblent évoluer dans le bon sens depuis quelques années. Vous allez comprendre pourquoi en lisant ce billet, lequel est le fruit de mon récent séjour dans cette Région.

 Un projet d’embellissement de la ville de Toliara

Grâce au projet PIC, la ville de Toliara a connu un changement significatif notamment au niveau du jardin de la mer. Le projet a en effet financé les travaux d’embellissement de cet endroit emblématique de la Cité du soleil dans le but surtout d’y promouvoir les activités touristiques.

Pavillon_Toliary_Rasamy

Des jolis pavillons faisant office de lieu de vente de produits artisanaux pour les touristes y sont érigés. L’espace situé derrière ces pavillons a subi une grande transformation pour devenir une aire de repos pour le public mais aussi un site spécialement dédié aux spectacles en plein air. La particularité de ce lieu réside également dans la présence du grand restaurant « Gastro Pizza » qui a ouvert ses portes dans une belle bâtisse située dans ce vaste domaine clôturé.

IMG_9704.JPG

Outre l’aménagement du jardin de la mer, le projet PIC a également réalisé des travaux de réhabilitation d’une partie de la voirie urbaine de Toliara. Il s’agit entre autres de la liaison routière urbaine entre la RN7 et la RN9, la rue vers le port de Toliara, la voie menant à l’aire d’embarquement pour le traversier d’Anakao.

route_toliara_blog_rasamy

La construction du nouveau marché dénommé Bazary Filongoa entre aussi dans le cadre du projet PIC. De même, d’autres nouveaux bâtiments publics ont été nouvellement construits ou rénovés grâce à ce projet, dont le bâtiment de l’Enseignement technique et le bureau de la Chambre de Commerce et d’Industrie.

Un projet d’assainissement de la ville de Toliara

Toliara a bénéficié d’un autre projet appelé PASSAT qui œuvre dans l’assainissement de la ville par la mise en place de bennes à ordures, la dotation de camions de ramassage de ces bennes et surtout la mise en place d’un centre de transformation des déchets.

Centre_déchet_toliara_rasamy

Situé à environ 7km de la ville, ce nouveau centre de stockage et de valorisation de déchets est déjà opérationnel. Toliara est donc la première grande ville malgache dotée d’une telle infrastructure mettant fin à la pratique de décharge sauvage. Une soixantaine de personnes travaillent ici quotidiennement, recyclant les ordures biodégradables et les autres types de déchets comme les plastiques.

Pavé_recyclage_Toliara_blograsamy

Les déchets sont triés en différentes catégories avant d’être transformés soit en compost, soit en briquettes. Des bassins sont aménagés juste à côté du site pour enfouir les déchets non recyclables. Un canal borde les lieux de dépôts d’ordures pour collecter le « lixiviat », le poison liquide issu du phénomène de lixiviation des ordures. Le compost produit est ensaché pour faciliter son transport et sa mise en vente.

Compost_déchet_toliara_blog_rasamy

Le projet de réhabilitation de la RN9

Les travaux de réhabilitation d’une partie de la RN9 reliant Toliara à Morombe sont achevés. Un total de 107km est actuellement complètement bitumé, ce qui rend très facile le déplacement vers l’une des plus belles stations balnéaires de Madagascar, à savoir le site touristique d’Ifaty.

RN9_blog_Rasamy

Si auparavant, il fallait plus de deux heures de temps en voiture pour faire les 30km entre Toliara et Mangily Ifaty, ce trajet se fait actuellement en une quinzaine de minutes. Même les taxis-moto de Toliara, appelés également tuk-tuk n’ont aucun mal à y accéder, au grand bonheur des touristes locaux. Le grand pont de Befandriana Sud, toujours sur cette RN9 est en même temps totalement reconstruit. Les villages traversés par cette route bitumée montrent actuellement un nouveau visage, loin du paysage particulièrement poussiéreux d’antan.

Route_Mangily_blo_Rasamy

Des projets de réhabilitation des réseaux hydro-agricoles

De nombreuses infrastructures agricoles sont actuellement réhabilitées dans cette Région Sud-Ouest de Madagascar dont principalement la prise d’eau de Bevoay dans le Bas-mangoky et celle  de Taheza à Bezaha par le biais du projet Priaso. Celle de Bevoay serait la plus grande prise d’eau de Madagascar en ce moment.

Bevoay_blog_rasamy

Outre les barrages, ces deux projets ont également réhabilité les canaux principaux d’irrigation d’une longueur respectivement de 40km pour Bas-Mangoky et 25 km pour Taheza. Toutes ces infrastructures étant actuellement fonctionnelles, on s’attend à une augmentation significative de la productivité agricole dans cette région dans les prochains mois et années. Ces travaux de réhabilitation touchent également le réseau hydro-agricole de Manombo.

IMG_9662.JPG

D’autres grands projets de développement en cours

Outre l’embellissement de la ville, le projet PIC est aussi en train de financer les travaux de réparation et d’équipement des deux forages utilisés actuellement par la Jirama pour l’approvisionnement en eau de Toliara. Ce projet d’amélioration de la production d’eau consisterait également en  la construction d’une nouvelle conduite maîtresse de 10 km à partir des sites de production de Miary vers un nouveau site de stockage à Antanamitarana.

La ville de Toliara fait également partie des zones d’intervention du PADEVE. Parmi les activités financées dans le cadre de ce programme figure le volet planification urbaine, notamment la mise à jour du Plan d’Urbanisme Directeur (PUDi) de la ville de Toliara. L’étude pour cette révision du PUDi a été lancée au mois de janvier 2018.

Pour terminer, je ne peux pas parler de grands projets en cours dans la Région Atsimo Andrefana sans citer le projet d’exploitation minière actuellement envisagé par la Société Toliara Sands à Ranobe. Soit à une quarantaine de kilomètres seulement de la ville de Toliara.

Ce qu’il faut savoir sur le Lac Mandroseza

Ce billet a pour principaux objectifs, d’une part d’expliquer à mes lecteurs le processus de production d’eau potable par la société JIRAMA dans la ville d’Antananarivo et ses zones périphériques depuis le grand réservoir de Tsiazompaniry en amont jusqu’à la distribution au niveau des ménages en aval, en passant par le bassin de décantation et l’usine à Mandroseza. D’autre part, il vise à conscientiser tant les autorités à tous les niveaux que l’ensemble de la population sur l’importance de la protection des infrastructures et de la préservation du milieu naturel qui assurent la production de cette précieuse ressource.

Du réservoir de Tsiazompaniry jusqu’au Lac Mandroseza

Le site de production d’eau potable de la JIRAMA est localisé à Mandroseza dans la Commune Urbaine d’Antananarivo. Il alimente cette dernière et les zones d’extension urbaine dans un rayon de 15 Km. Le site exploite le lac Mandroseza, un bassin de décantation d’une superficie de 40 ha et de volume estimé à 800 000 m3, qui est alimenté par la rivière Ikopa à travers un barrage de prélèvement avec des systèmes de pompage constitués par 5 pompes.

La première source naturelle en amont de Mandroseza est le Lac réservoir de Tsiazompaniry qui a été aménagé en 1955. Tsiazompaniry est équipé de deux barrages à voûtes multiples et à contreforts construits aux droits de la rivière Varahina Sud et son affluent, la Manandriana. Il fait partie de l’aménagement hydraulique du bassin supérieur de l’Ikopa.

tsiazompaniry.jpg

Antananarivo est ensuite alimentée par les eaux de l’Ikopa qui transitent dans le lac Mandroseza avant d’être traitées puis refoulées par pompage vers les réservoirs dans les villes basses. Pour atteindre les villes hautes, l’eau est reprise par surpression. L’alimentation se fait soit par des branchements particuliers, soit par des bornes fontaines publiques.

La moyenne journalière de la quantité d’eau prélevée par la JIRAMA pour l’agglomération de la capitale est de 192 000 m3 actuellement (pendant le 1er trimestre de l’année 2017). Le débit de pompage de l’eau de l’Ikopa vers le lac Mandroseza est variable, il se situerait entre 6 000 m3/h et 8 800 m3/h. En effet, la capacité du lac et la variabilité de la consommation ne permettent pas de maintenir un débit de pompage fixe. Aussi, le temps de fonctionnement des pompes est variable.

Les infrastructures de l’usine de production d’eau potable de Mandroseza se situent au Nord-ouest du Lac du même nom. Elle abrite un bon nombre de bâtiments et d’infrastructures plus ou moins anciennes ainsi que des zones récréatives et de fonction sociale pour le personnel

mandroseza_POS

Du Lac Mandroseza jusqu’aux ménages

L’eau brute issue du lac Mandroseza subit trois principales phases bien distinctes : la phase de clarification qui est un traitement physico-chimique, la phase de stérilisation où il y a traitement bactériologique, et enfin la phase de neutralisation.

La JIRAMA dispose dans son usine à Mandroseza trois (03) stations de traitement : celle de Mandroseza I qui a été installée depuis 1927 ; celle de Mandroseza II, construite en 1991 et mise en service en 1993 ; celle de Mandroseza II bis dont les travaux de construction viennent de se terminer en cette année 2017.

mandroseza

L’usine de traitement des eaux de Mandroseza assure en majorité l’alimentation en eau potable de la ville d’Antananarivo et de certaines zones périphériques. L’eau consommée au niveau des abonnés/consommateurs transite par 32 réservoirs éparpillés dans toute la ville. Certains réservoirs sont liés entre eux. Dix (10) suppresseurs sont installés pour augmenter la pression.

Depuis 1982, quatre autres stations ont été créées pour surtout desservir les zones périphériques, à savoir à Vontovorona, Faralaza, Sabotsy Namehana et Ankadivoribe. La répartition géographique du réseau de distribution pour Antananarivo est subdivisée en huit grandes zones. Seul réseau de Vontovorona est indépendant et n’est pas connecté aux réseaux Grand Tanà.

carte_répartition.jpg

Lac Mandroseza, menacé par une urbanisation sauvage?

Le Lac Mandroseza, en tant que source de captage des eaux potables à grande échelle, est classé « zone sensible ». En conséquence, il doit être instauré par voie réglementaire le périmètre de protection du Lac de Mandroseza du fait de son caractère tant particulier que stratégique.

Des documents font également mention de la délimitation au niveau de l’Ikopa des zones de protection immédiates sur 25 m des deux rives juste avant le barrage jusqu’au pont d’Ambohimanambola. On cite par ailleurs l’interdiction de toutes activités sur le bas fond où la nappe est à un niveau statique de 0 à 1m, protection rapprochée sur toute la zone où la nappe est entre 1 à 5m, où les activités doivent être réglementées.

Depuis les années 1990, le bassin versant de Mandroseza connaît toutefois une augmentation importante de son urbanisation. La surface urbanisée est par exemple passée de 30.95 Ha en 2002 à 53.65 Ha en 2016 (Image: situation 2016).

mandroseza_2016

Comme principale cause est l’absence de protection particulière (physique) de la zone. De l’autre côté, sur le plan foncier, les terrains se trouvant sur les flancs, relèvent en grande partie de la propriété privée ce qui a rendu difficile l’interdiction de construction de bâti. Les zones à proximité immédiate du Lac Mandroseza sont constituées par les fokontany situés autour du site : Fokontany de Mandroseza Cité, Fokontany Andohan’i Mandroseza, Fokontany Ambohimiandra, Fokontany Ambatoroka.

Cette urbanisation sauvage se traduit par la création des réseaux d’assainissement, plus ou moins unitaires, en souterrain. Les eaux usées et les eaux pluviales des habitations sur les flancs Nord et Ouest sont conduits directement dans le lac. Ce qui peut avoir des conséquences sur les écosystèmes du lac.

Actuellement, le bassin Nord-Ouest est complètement urbanisé en aval dans la mesure où la vue sur le lac est un critère recherché qui fait augmenter les enchères du foncier. On aperçoit par ailleurs des champs de culture qui tendent à devenir disséminés à cause des nouvelles constructions qui poussent. Sur les berges du lac, des superficies sont transformées en terrain de culture, notamment des cultures maraîchères comme les brèdes, haricot, salades et autres ainsi que des cultures de taro.

IMG_6381.jpg

Lac Mandroseza, menacé par l’envasement ?

Compte tenu de la vétusté des infrastructures de production d’eau de la JIRAMA, des problèmes d’approvisionnement en eau potable de la ville d’Antananarivo ne cessent de se manifester, comme la destruction des tuyaux d’adduction d’eau, la perte d’eau en raison des fuites, le faible débit de l’eau, etc.

Par ailleurs, l’accroissement démographique et l’extension de la ville vers la périphérie augmentent le besoin en eau de la population. De ce fait, les infrastructures existantes n’arrivent plus à satisfaire les besoins de la totalité de la population de la ville d’Antananarivo et ses environs.

L’envasement du lac de Mandroseza est également un sérieux problème à soulever. Les relevés bathymétriques effectués depuis 2000 permettent de mieux appréhender ce phénomène. En effet, ces derniers affichent une augmentation remarquable du niveau d’envasement. Si la profondeur maximale du Lac Mandroseza était de 7,37m en 2000, actuellement elle serait de l’ordre de 4,25m.

carte_profondeur_lac

Le processus d’érosion en amont du Lac a eu des répercussions importantes dans le processus de sédimentation. La turbidité de l’eau pourrait devenir de plus en plus chronique, à cause des multiples usages par les riverains sur l’Ikopa, d’Ambohimanambola jusqu’à Mandroseza.

Parmi les pratiques rencontrées le long de la rivière avant le déversoir de captage, on cite le lavage de voiture, la lessive, l’extraction de sable, l’agriculture, le pâturage, etc. Ces activités pourront fragiliser progressivement ainsi les berges, lesquelles s’accentuent en saison de pluie. En outre, les installations résidentielles aux alentours ont également leur rôle à jouer dans ce phénomène.

Bien que cette vitesse de sédimentation soit déjà modérée suite aux opérations de curage du lac entreprises déjà tous les ans, le niveau d’eau contenue dans le lac baisse au fil des années. Le graphique ci-après illustre cette diminution de la profondeur du lac Mandroseza de 2000 jusqu’en 2016.

profondeur_lac

Des mesures d’urgence à prendre ?

Comme première mesure, la mise en place d’un périmètre de protection immédiate du Lac Mandroseza s’avère indispensable afin de limiter toute forme d’urbanisation dans cette zone. L’application d’une telle mesure incombe aux responsables de la CUA et du ministère en charge de l’aménagement du territoire.

Par rapport à l’envasement du Lac Mandroseza, des mesures d’atténuation sont à appliquer immédiatement et elles sont de deux natures, lesquelles étant complémentaires : la première consiste à éliminer les dépôts au fur et à mesure de leur arrivée; d’un autre côté, on peut limiter leur arrivée, soit empêcher la formation des boues.

Un des meilleurs moyens de cette deuxième solution est d’établir des obstacles simples (exemple des petits barrages en gabions), au niveau du captage, afin d’y briser la force de ruissellement de l’eau. Une autre réponse est d’installer déjà à quelques kilomètres en amont du point de captage des séries de plages d’épandages, lesquelles vont retenir une bonne partie des sédiments entraînés par le courant d’eau. L’évacuation des sédiments semble assez dispendieuse, mais au stade actuel, il s’agit de la mesure la plus efficace pour réduire rapidement le niveau d’envasement.

Le reboisement constitue une autre alternative pour freiner l’érosion en amont, et ainsi pour retarder l’envasement.  L’effet du couvert végétal à Tsiazompaniry (reboisement après la création du barrage) a déjà contribué à une certaine stabilité des sols dans cette zone. Mais les faibles précipitations peuvent également être à l’origine de cette faible érosion.